NEGOCIATIONS COMMERCIALES MULTILATERALES (NCM)

L'AGENCE AFRICAINE POUR LE COMMERCE ET LE DEVELOPPEMENT - 2ACD

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Ouverture commerciale et croissance économique au Sénégal

Exposé sur le thème

Ouverture commerciale et croissance économique au Sénégal


Présenté par :

Mr Khadime DIOP
Assistant de recherche en Politiques et Négociation Commerciales Internationales

06/02/2017


Plan

Sigles et abréviations. 3

Introduction. 4

I - L’évolution de la croissance et les politiques d’ouverture. 5

A) La croissance économique. 5
B) Ouverture commerciale. 6

II - Analyse des exportations et des importations. 8

A) Analyse des exportations. 8

a)  L’évolution des exportations. 8
b) Orientation des exportations. 9
c) Les effets des exportations sur la croissance économique. 10

B)  Analyse des importations du Sénégal 10

a) Evolution des importations du Sénégal 10
b) Les marchés fournisseurs du Sénégal 11
c) Les effets des importations sur la croissance économique. 11

Conclusion. 12


Sigles et abréviations

ANSD

Agence Nationale des Statistiques et de la Démographie

PMA

Pays les moins avancés

PIB

Produit intérieur brut

CFA

Communauté Financière d’Afrique

PSE

Plan Sénégal Emergent

FMI

Fond Monétaire International

BM

Banque Mondiale

NPA

nouvelle politique agricole

NPI

Nouvelle Politique Industrielle

OHADA

Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires

DSRP

Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté

STRADEX

Stratégie de Promotion et de Développement des Exportations

SCA

Stratégie de Croissance Accélérée

L’OMC

Organisation mondiale du commerce

L’UEMOA

Union Economique et Monétaire Ouest Africaine

UMOA

Union Monétaire Ouest Africaine

 (TEC).

tarif extérieur commun

CEDEAO 

Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest

TEC

Tarif Extérieur commun

AGOA

Tarif Extérieur commun

APE

Accords de Partenariat Economique

 


Introduction

Le Sénégal se situe à l’extrême orient d’Afrique. Sa position stratégique lui permet de s’ouvrir vers l’Europe et l’Amérique mais aussi de relier ces pays avec d’autres pays hinterlands. C’est un pays qui compte environ 14 millions d’habitants (ANSD, 2014) avec une croissance démographique de 2,7% par an (ANSD, 2014). La population vivant en milieu rural est estimée à 56% (ANSD, 2014). Au Sénégal, le secteur primaire dont l’agriculture archaïque, l’informel dans les services et les produits extractifs constituent les principales activités économiques.

L’étude de la croissance économique, de l’ouverture commerciale ou de la relation a fait l’objet de plusieurs débats depuis la naissance de la théorie économique.

Sur le plan théorique, il existe, selon les thèses protectionnistes, des effets néfastes de l’ouverture sur les économies. Les théoriciens libéraux notamment les théoriciens néoclassiques pensent au contraire des bienfaits de l’ouverture commerciale sur la croissance économique qui passent par l’augmentation du niveau global de l’efficacité technologique. Selon les théoriciens de la croissance endogène (Romer, Lucas et Barro), la libéralisation commerciale agit sur le fonctionnement des marchés, sur l’accès aux technologies avancées, l’incitation à investir dans la recherche et la formation du capital à partir du progrès technique pour améliorer la croissance économique.

Sur le plan empirique, les auteurs sont divergents sur l’existence d’une relation positive entre ouverture et croissance, la manière dont l’ouverture doit se faire, les méthodes utilisées, la présence d’autres facteurs que l’ouverture sur l’explication de la croissance comme l’investissement, la lutte contre la corruption, la stabilité du taux de change etc.

Le Sénégal a mené des politiques d’ouverture commerciale depuis les indépendances qui n’ont toujours pas permis d’avoir les résultats escomptés sur la croissance économique.

Ainsi, une question se pose sur l’ouverture commerciale comme source de croissance économique au Sénégal?

Pour répondre à cette question, nous allons d’abord voir dans une première partie, l’évolution de la croissance au Sénégal et les politiques d’ouverture commerciale menées depuis les indépendances et dans une deuxième partie, une analyse des exportations et des importations au Sénégal ainsi que leurs effets sur la croissance.

 

I- L’évolution de la croissance et les politiques d’ouverture

A)    La croissance économique

En tant que PMA, le Sénégal fait partie des pays qui sont à la recherche d’une croissance forte sur plusieurs périodes. Sa croissance est de 3,9% en moyenne entre 2000 et 2011(ANSD, 2012) et reste mitigée. Juste après les indépendances, la croissance économique était tirée par le secteur primaire notamment l’agriculture qui dépendait de la pluviométrie. Aujourd’hui, la croissance au Sénégal est imputable au secteur tertiaire dont le commerce domine et est essentiellement informel. Ou pire, la croissance peut être due à une branche dont la part importante est fournie par une entreprise étrangère. Ce qui entraine une fuite des capitaux qui a comme conséquence, une absence de retombées de la croissance sur la population.

Le tableau suivant permet de montrer la croissance économique au Sénégal entre 1960 et 2014.

 


Source : auteur, à partir des données de la Banque Mondiale 2016

Entre 1960 et 1970, la croissance du PIB a été assez lente : son taux annuel moyen a été de 2,2% à prix constants. Il s’est ensuite élevé à 3% en 1970-79, avant de retomber à 1,8% en 1980-84 et se redresser à 2,2% en 1985-93. Depuis la dévaluation du franc CFA en janvier 1994, la croissance économique est devenue moins erratique que par le passé, mais son taux est encore inférieur au seuil de 7% jugé nécessaire à une réduction rapide de la pauvreté (DPS, 2001). Sur la période de 2000 à 2014, la croissance de l’économie sénégalaise a connu trois difficultés.

  • la première était due à la performance médiocre du secteur primaire par la baisse importante de la pluviométrie en 2002. Pendant cette année, la croissance annuelle moyenne était de 0.7%.         
  • la deuxième se situe entre 2008 et 2009. Pendant ces deux années, la croissance économique était respectivement de 3.7% et 2.4%, une baisse due à la situation économique par la crise financière qui s’est répercutée sur l’économie nationale.         
  • La dernière est celle de 2011 marquée par les crises au niveau sous régional comme la guerre au Mali et au ralentissement du secteur primaire.

En 2014, la croissance était de 4.3% alors que l’année présidente a enregistré un taux de 3.5% (ANSD, 2014). La reprise de la croissance est due aux lancements des réformes sur l’agriculture à travers le Plan Sénégal Emergent (PSE).

La croissance du PIB de 1960 à 2014 est marquée par deux étapes à savoir avant la dévaluation où la croissance était très faible et après la dévaluation de 1994 où la croissance a commencé à se relancer.


B)    Ouverture commerciale
Le Sénégal comme tous les pays d’Afrique était replié sur lui-même avant la colonisation et l’économie totalement vivrière. Le colonisateur est venu orienter l’économie sénégalaise vers la satisfaction de ses propres besoins. Après l’indépendance, l’économie sénégalaise a connu une forme de protectionnisme avant de s’ouvrir sur l’extérieur.

Après 1960, l’héritage économique colonial était la production et l’exportation de produit primaire principalement l’arachide. La production pour les besoins de la consommation était remplacée par la production de rente de la métropole. Le Sénégal importait donc l’essentiel de ses besoins. C’est ainsi que le gouvernement, pour diminuer la dépendance, a décidé entre 1960 à 1970 de remplacer les importations par la production de produits locaux. A partir des années 1970, on assiste à une première réforme qui est celle de la modernisation de l’appareil industriel. Elle n’a pas permis de diversifier les exportations et la satisfaction des besoins internes plongeant ainsi le Sénégal dans une crise. Les exportations de phosphate étaient au ralenti et l’arachide dépendait de la pluviométrie et des cours mondiaux. Au début des années 1980, un plan de redressement économique (subvention à l’exportation,…) fut adopté pour relancer les exportations qui s’est soldé par un échec.

Le milieu des années 1980 marque un tournant très important pour le Sénégal. Il s’agit du désengagement total de l’Etat dans les activités économiques par la libéralisation commerciale mais aussi par la mise en place d’une politique de promotion des exportations. Cette politique fut imposée par le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale (BM) en 1986 à travers les Programmes d’Ajustement Structurels (PAS). Ces programmes avaient pour objectif de réformer l’agriculture par la nouvelle politique agricole (NPA), l’industrie à travers la Nouvelle Politique Industrielle (NPI), de maitriser la demande intérieure et de relancer les exportations. Après presque 10 ans de réformes, les PAS n’ont pas permis de relancer l’économie sénégalaise. Les exportations des matières premières ont chuté et les importations de biens d’équipement sont devenues plus chers. En 1994, le gouvernement a procédé à la dévaluation du F CFA de moitié. Après cette dévaluation, l’économie sénégalaise commençait à se porter mieux. Toutefois des réformes ont été faites entre 1994 et 2000. Il s’agit de la Facilité d’Ajustement Structurel Renforcé (FASR) par le désengagement de l’Etat dans le commerce, dans le secteur de l’énergie et l’adoption du Sénégal aux textes de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA).

Dans les années 2000, un nouveau programme de développement centré sur l’ouverture, le Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP) a été élaboré. Ce document avait comme pilier : la Stratégie de Promotion et de Développement des Exportations (STRADEX), le Cadre Intégré (favoriser le développement par l’ouverture commerciale) et la Stratégie de Croissance Accélérée (SCA) qui cherchait à relancer la croissance par les exportations. En 2015, un nouveau programme de développement dans la même logique que le DSRP a été élaboré (PSE).

Le Sénégal fait partie aussi depuis les indépendances d’organisations et groupements régionaux à caractère commercial. Il s’agit de:         

  • L’OMC : le Sénégal est devenu membre depuis sa création en 1995. Elle régit les relations commerciales entre ses membres par un commerce juste et équitable mais aussi par le règlement des différends commerciaux.
  • L’UEMOA : elle est créée en 1994 et succède à l’UMOA. L’UEMOA constitue l’étape ultime d’une intégration régionale. Elle est composée de huit pays où il y a la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux pour les pays membres et pour les pays tiers, la mise en place d’un tarif extérieur commun (TEC). Les biens originaires d’un pays circulent librement au sein de l’union alors que les biens des pays tiers sont  frappés d’une taxe selon une catégorisation.
  • La CEDEAO : elle est créée en 1975 et regroupe 15 Etats de l’Afrique de l’Ouest. Elle se porte comme objectif d’éliminer les restrictions, permettre la libre circulation des personnes, des capitaux et des biens. A l’instar de l’UEMOA, la CEDEAO dispose d’un TEC qui est entré en vigueur le premier janvier 2015. La CEDEAO dispose en plus des catégories de l’UEMOA une quatrième catégorie. Cette cinquième bande est réservée aux produits sensibles.

Le Sénégal bénéficie aussi de certains avantages commerciaux tels que l’AGOA, « l’initiative tout sauf les armes » et les APE (négociation en cours).

 

II - Analyse des exportations et des importations

Les importations et les exportations sont les deux principaux indicateurs de mesures d’une ouverture  au commerce pour un pays donné.

A)    Analyse des exportations
Nous allons voir successivement l’évolution des exportations, l’orientation des exportations et le rôle des exportations sur la croissance.

a)      L’évolution des exportations 

Le tableau qui suit montre le taux de croissance des exportations du Sénégal de 1969 à 2014 

 

Source : auteur, à partir des données de l’ANSD, 2014

Les exportations ont connu une hausse de 1969 à 1978 avant de descendre jusqu’aux années 1981. Cette chute est due aux problèmes rencontrés par la commercialisation de l’arachide et l’échec des politiques de soutien à l’exportation des entreprises locales. Au milieu des années 80, le Sénégal a connu des réformes par le programme d’ajustement structurel. Elles n’ont pas toujours permis de relancer les exportations. Ce n’est qu’à partir de 1994 avec la dévaluation du F CFA que les produits sénégalais commencent à devenir compétitifs.  Enfin, une petite baisse a été constatée en 2011 due au climat extérieur suivie d’une relance à partir de 2012.

Les exportations au Sénégal reposent principalement sur les produits traditionnels. Elles sont constituées essentiellement par les produits halieutiques, les industries extractives, les produits agricoles, des mines et de l’agriculture.

b)     Orientation des exportations

Pour tous les produits confondus, nous avons le tableau suivant sur la ventilation des exportations du Sénégal.

Tableau de l’orientation des exportations du Sénégal par continent

Source : ANSD 2013

Le graphique montre que l’Afrique est la première destination des exportations sénégalaises suivie par l’Europe et L’Asie.

c)      Les effets des exportations sur la croissance économique

Les exportations agissent positivement sur la croissance par :  

  • L’entrée de de devise  
  • Le développement des entreprises domestiques
  • L’élargissement du marché
  • La réduction du chômage
  • La modernisation des entreprises pour répondre au besoin mondial

Toutefois, les exportations peuvent anéantir la croissance par les exportations de matières premières et par les exportations de produits agricoles et alimentaires pouvant être transformés sur place.

B)    Analyse des importations du Sénégal

Les importations se traduisent pour la plupart par des effets néfastes sur la croissance économique notamment dans les pays sous-développés.

a)      Evolution des importations du Sénégal

Le tableau qui suit traduit les importations du Sénégal de 1969 à 2014.

Source : auteur à partir des données de l’ANSD, 2014

Les importations ont connu un rythme d’une hausse très lente entre 1969 et 1985. A cette époque, les politiques mises en œuvre visaient à remplacer les importations par les produits locaux. Ainsi, des barrières ont été érigées pour contrecarrer les importations. A partir de 1986, l’Etat commence à libéraliser les activités économiques. Cette libéralisation s’est amplifiée entre 1998 à 2014 permettant aux importations d’augmenter à un rythme très élevé pour répondre aux besoins de la population.

Les principaux produits importés par le Sénégal sont : les produits alimentaires, les appareilles et machines et les produits pétroliers.

 

b)     Les marchés fournisseurs du Sénégal

Le tableau suivant montre la ventilation des importations sénégalaises

 

Source : auteur à partir des données de l’ANSD, 2014

Les importations au Sénégal proviennent presque pour la moitié de l’Europe. L’Afrique et l’Asie constituent aussi d’importants fournisseurs pour le Sénégal.

c)      Les effets des importations sur la croissance économique

Il est avéré que les importations au Sénégal ne sont pas porteuses de croissance économique à cause de la sortie de devise, de la dépendance, la non-performance des entreprises pouvant entrainer une augmentation du chômage et l’insécurité alimentaire.

Les importations peuvent être source de croissance lorsqu’il s’agit d’importation d’intrants, de produits semi-ouvrés et des importations de produits dont la production domestique est inefficiente. 

 

Conclusion

L’économie sénégalaise depuis les indépendances est caractérisée par une faiblesse. Elle ne permet pas une croissance des exportations ni une croissance du PIB. Le niveau de vie de la population ne s’est pas amélioré. Et pourtant, juste après les indépendances, le Sénégal avait le même revenu par tête qu’un certain nombre de pays d’Asie aujourd’hui émergent. Les politiques de développement et d’ouverture commerciale mises en place depuis 1960 n’ont toujours pas de succès : la croissance reste sensible aux chocs endogènes et exogènes, l’écart des revenus reste élevé et la concentration de la pauvreté dans les milieux ruraux a augmenté. L’ouverture au reste du monde reste confronter à la faiblesse de son économie car les entreprises sénégalaises ne sont pas de taille pour conquérir le marché international malgré plusieurs mesures prises concernant les exportations. 

Pour sortir du sous-développement, le Sénégal doit réaliser une croissance forte sur de longues périodes. Cela passe par une exploitation des ressources naturelles, humaines et financières et aussi forcement par une bonne politique d’ouverture commerciale. Ainsi, les sources de la croissance doivent être diversifiées et que ses finalités soient distribuées de manière équitable sur les différentes couches de la population. 

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