NEGOCIATIONS COMMERCIALES MULTILATERALES (NCM)

L'AGENCE AFRICAINE POUR LE COMMERCE ET LE DEVELOPPEMENT - 2ACD

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Les Agricultures Familiales: Une Réponse Moderne au Défi Alimentaire : Table Ronde Organisée par Agriculteurs français et Développement International (Afdi), avec la participation de 2ACD, le 9 Décembre 2010 à Amiens, France

De 2008 à 2010, l’actualité a mis en avant la nécessité pour de nombreux pays de réduire leur dépendance alimentaire et d’augmenter leurs capacités agricoles. La sécurité alimentaire de nombreux pays en développement résidera dans leur capacité à tirer profit de leurs ressources internes.

Les agricultures familiales représentent près de 45% de la population mondiale. Elles sont donc au centre des questions alimentaires mondiales, tant au niveau de la nutrition que de la production agricole. Comment ces agricultures familiales pourront-elles participer pleinement aux efforts nécessaires face à l’évolution de la demande alimentaire mondiale ? De quels moyens politiques et économiques disposent-elles pour renforcer cette contribution à la lutte contre la faim ?

Les agricultures familiales ont nourri les pays du Nord. Des politiques publiques protégeant les producteurs ont permis à ce type d’agriculture d’assurer efficacement sa fonction nourricière. Dans les pays en développement aujourd’hui, cette agriculture familiale est loin d’être dépassée et peut garantir aux populations une relative sécurité alimentaire. Afdi la considère même comme «une réponse moderne au défi alimentaire».

Pourtant, certains gouvernants africains trouvent l’agriculture familiale archaïque, pas assez productive, non compétitive, incapable de produire de la richesse et de nourrir l’Afrique. Ibrahima Coulibaly, président de la Coordination nationale des organisations paysannes du Mali (CNOP) les renvoie à leur hypocrisie : « Ils critiquent l’agriculture familiale, mais on ne peut critiquer que quelque chose dans lequel on a investi. Or, nous n’avons pas accès à des soutiens, à des semences améliorées, au crédit, etc.» Un constat que partage le Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) qui dénonce aussi la mauvaise gouvernance agricole de certains Etats ouest-africains.

Selon Ibrahima Coulibaly, cette incurie relève d’un « problème de fond en Afrique ». Il constate « une rupture entre les villes et les campagnes. Nos leaders politiques, devenus des urbains, ont honte de dire qu’ils viennent d’un village ». Ce dénigrement de l’agriculture familiale « n’est pas de l’ignorance, mais un parti pris, complète Henri Rouillé d’Orfeuil du CIRAD, ancien président de la plateforme d’ONG Coordination SUD. Les politiques négocient au niveau international avec des bailleurs de fonds, des organisations internationales ; les organisations paysannes du monde entier ont donc intérêt à travailler ensemble car une grande partie du problème est clairement mondiale. » Et d’évoquer la question de l’accaparement des terres au Sud par des intérêts privés et publics étrangers : « Il est issu de discussions à haut niveau entre gouvernants et sociétés d’investissement, par-dessus la tête des producteurs agricoles. »

Une agriculture familiale performante et nourricière au Sud exige donc des politiques publiques qui la protègent, au niveau d’une sous-région du monde par exemple : « L’agriculture reste le premier secteur d’emploi au Mali. Nos gouvernements devraient donc regarder l’agriculture familiale de plus près », fustige Ibrahima Coulibaly. El Hadji Diouf, directeur de l’Agence Africaine pour le Commerce et le Développement (2ACD), estime aussi que « la vraie solution » en Afrique n’est « pas de favoriser les importations mais la souveraineté alimentaire en permettant aux agriculteurs d’être protégés ». Et Ibrahima Coulibaly de renchérir : « Nous sommes tous victimes de la volatilité des prix agricoles et il n’y a pas de protection de nos marchés. L’Afrique est capable de se nourrir, ceux qui disent le contraire nous mentent ! »

Mais la voix des pays en développement est-elle audible à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) ? Ceux-ci, pour El Hadji Diouf, ne sont pas toujours entendus. Ils  n’ont par exemple pas un droit optimal d’utilisation du mécanisme de sauvegarde spéciale prévue dans l’accord sur l’agriculture de l’OMC. Ce qui serait très utile dans leur situation actuelle, car, « Nous ne sommes pas dans une logique absolue d’accès au marché en Afrique mais de protection de certains produits spéciaux ou sensibles », explique El Hadji Diouf.

L’exemple du coton est très parlant : «les Etats-Unis subventionnent leurs producteurs. Les Africains ont donc choisi de négocier avec les Américains. Résultat ? Une décision sera prise sur le coton à l’OMC quand une décision globale sur l’agriculture aboutira. » Et 2ACD de déplorer le choix exclusif de la solution de négociation et le renoncement à une saisine de l’Organe de règlement des différends de l’OMC, même si, optimiste, El Hadji Diouf considère qu’ils n’ont « pas encore perdu la guerre ».

De même,  les négociations entre l’Union européenne et les pays Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) sur les accords de partenariat économique (APE), qui, selon Ibrahima Coulibaly, de la CNOP du Mali, comportent « le risque d’une grave destruction de nos agricultures ». « On met en compétition les agricultures du Nord et du Sud bien qu’elles n’aient pas les mêmes capacités à concourir », déplore Henri Rouillé d’Orfeuil. Or la structure familiale est dans nombre de pays en développement « au cœur du processus de production et de transmission du patrimoine, elle est profondément intégrée à la dimension économique », rappelle Pierre-Marie Bosc.

C’est pourquoi les organisations paysannes au Sud doivent  peser, spécialement dans l’élaboration de politiques publiques agricoles, de développement ou d’aménagement du territoire. Ces dernières sont « à construire avec les organisations paysannes, le secteur privé éventuellement et les administrations », juge André Pouillès-Duplaix, Directeur adjoint à la Direction technique opérationnelle de l’Agence Française de Développement (AFD). Et de poursuivre : « L’agriculture familiale nécessite une action collective, donc elle a besoin d’organisations paysannes, afin de s’orienter vers la productivité. » Enfin, André Pouillès-Duplaix souligne que ces organisations doivent « se rapprocher » des villes et des politiques pour « faire valoir la voix du monde rural ». « C’est pourquoi le renforcement des capacités des organisations paysannes du Sud, accompagnées par Afdi, est stratégique », ajoute Pierre-Marie Bosc.

Si les agricultures familiales devaient disparaître au Sud, où iraient travailler des milliards de personnes ? « L’agriculture est un filet de sécurité social qui permet à nos pays de ne pas être déstabilisés », observe Ibrahima Coulibaly. Henri Rouillé d’Orfeuil constate, lui, que la mondialisation économique produit « un processus d’éviction » des populations paysannes du Sud. Le marché doit donc disposer de règles afin qu’il soit « plus juste », poursuit l’ancien président de Coordination SUD. D’autant qu’à l’inverse de ce qui s’est passé en Europe, l’Afrique ne dispose pas d’une demande massive de main-d’œuvre vers l’industrie comme sous les Trente Glorieuses.

Ce qui conduit Henri Rouillé d’Orfeuil à militer pour un rééquilibrage « des flux d’entrants et de sortants sur le marché mondial du travail », au travers de politiques qui s’attaquent au processus d’éviction de l’agriculture du Sud  en permettant aux agriculteurs de vivre de l’agriculture. On en parle peu mais la question est « historique», juge l’expert du CIRAD. Elle appelle « une alliance » entre les organisations syndicales « qui défendent les salariés non agricoles » et celles « qui défendent des politiques agricoles à haute valeur sociale ».

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