NEGOCIATIONS COMMERCIALES MULTILATERALES (NCM)

L'AGENCE AFRICAINE POUR LE COMMERCE ET LE DEVELOPPEMENT - 2ACD

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L’Afrique dans les Négociations Commerciales L’obligation de s’assumer ! Par Dr Ablassé Ouédraogo

Dans sa quête pour le progrès et le développement durable, l’Afrique est confrontée à des enjeux multiples et complexes au nombre desquels les négociations commerciales internationales. Et le constat qui est fait est que les accords commerciaux signés et en vigueur n’apportent pas toute la satisfaction voulue aux pays africains. D’ailleurs les négociations en cours ne prennent pas entièrement en charge leurs préoccupations.

Dans les négociations du cycle de Doha par exemple, beaucoup d’africains ont été déçus du sort réservé à l’initiative sectorielle sur le coton à l’OMC. Ils avaient espéré que, pour une fois qu’ils avaient un dossier bien ficelé et que la résolution aurait eu un impact important sur leurs structures économiques, le système allait favoriser une application correcte des règles du système commercial multilatéral. Cela n’a pas été le cas. Les attentes qu’ils ont aussi des différentes flexibilités offertes par le système sont le plus souvent déçues. La plupart ne sont pas effectives et n’ont pas un niveau d’opérationnalité qui leur permettraient de les mettre en œuvre.

Devant la lenteur et la longueur des négociations à l’OMC, les enjeux au niveau des accords commerciaux régionaux sont devenus plus saillants. Dans le cadre de l’Accord de Cotonou, les pays africains sont au cœur de négociations commerciales avec leur partenaire historique qu’est l’union Européenne (UE) pour l’Accord de Partenariat Economique (APE).

L’expérience acquise à l’OMC les aide à mieux appréhender les enjeux et à mieux défendre leurs intérêts. Des pas importants ont été faits en matière d’assistance technique et de renforcement des capacités. Les positions européennes sont étudiées et disséquées et les réels intérêts des pays africains semblent de plus en plus pris en considération par les instances régionales de négociations. Tout n’est pas parfait, mais l’Afrique donne pour la première fois l’impression de maitriser son agenda dans une négociation commerciale. Pour autant, l’état actuel des propositions européennes ne militent pas en faveur de la signature des ces APE.

De nombreuses raisons militent  pour la suspension des négociations en cours, en attendant des lendemains meilleurs. Citons deux raisons majeures:

1. La situation qui prévalait au début des négociations des APE n’est plus la même. La crise financière, par la suite économique et même humanitaire pour les pays à faibles revenus,  a encore affaibli les économies des pays africains. En conséquence, une plus grande ouverture de leur marché n’est plus à l’ordre du jour. Si l’on tient compte du fait que l’Europe persiste à demander une ouverture à 80% du marché des pays africains dans un délai maximal de 15 ans, l’on peut comprendre aisément que dans leur mouture actuelle, les APE ne favoriseront pas le développement. Et puis les financements dédiés aux  investissements sont devenus rares dans le monde.

2. Le processus d’intégration régionale en Afrique : Depuis plus de trente ans, les pays africains, convaincus du fait que seuls des espaces économiques importants sont viables à terme, mettent en place des organisations interétatiques pour promouvoir l’intégration régionale. Ce travail est loin d’être achevé et le commerce intra-régional en Afrique de l’Ouest, par exemple, représente moins de 10 % du volume total des échanges, contre plus de 60 % en Europe. La libéralisation que veulent imposer les APE pourrait accentuer cette extraversion des économies africaines et annihiler les efforts titanesques entrepris par les organisations sous-régionales­ d’intégration (CEDEAO, UEMOA, CEMAC, SADC etc.), pour consolider un marché régional en cours de construction dans un contexte de mondialisation sans frontière.

Et la signature « forcée » d’accords intérimaires entre l’UE et certains pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Cameroun en Afrique de l’Ouest et Centrale, impose à l’intérieur de ces  sous –régions  différents régimes commerciaux. Ce qui fragile et détruit l’esprit d’intégration au niveau régional. Cette situation est tout à fait contradictoire avec les objectifs énoncés dans le concept des APE Union Européenne –Pays d’Afrique, des Caraïbes et de Pacifique.

La remise en cause de ce processus d’intégration régionale est une menace importante pour le commerce africain. Un début d’éveil est notable et les Africains ont compris  qu’avant de commercer avec les autres, l’Afrique doit commercer avec elle-même. Les blocs commerciaux régionaux doivent dès lors se renforcer pour des échanges intra-communautaires d’envergure, mais aussi pour proposer aux partenaires extérieurs, dans toutes les enceintes de négociations commerciales, des offres offensives harmonisées.

L’Afrique doit se définir en fonction des convictions qu’elle a de ses propres besoins, mais non compte tenu des perceptions et des injonctions, voire des instructions de ses partenaires extérieurs. Aussi importants et généreux soient-ils, ceux-ci gardent en ligne de mire leurs intérêts propres et définissent des stratégies commerciales qui leur garantissent des parts de marché sûres et le minimum de protection pour la viabilité de leurs économies. En clair, l’Afrique doit faire face à une obligation de s’assumer.

L’Afrique d’aujourd’hui, dans les négociations commerciales, apparait donc comme à la croisée des chemins : OMC, APE, Accords préférentiels bilatéraux, Processus d’intégration régionale, etc. Elle doit se prendre en charge par la concertation et par un processus minutieux d’identification de ses besoins, pour mieux les satisfaire. Les gouvernements ne doivent plus s’aménager le monopole de l’élaboration des positions de négociations commerciales. Ils doivent inclure, dans le processus de décision, toutes les parties prenantes. La Société civile a son mot à dire tout autant que les parlementaires. Et qui mieux que les tenants du secteur productif, de l’agriculture comme de l’industrie, pour esquisser les positions commerciales, offensives comme défensives dont ils ont besoin dans leurs secteurs ? L’Afrique doit faire appel à toutes ses compétences pour négocier avec ses partenaires.

Nous l’avons dit ! Les compétences africaines en négociations commerciales ne sont plus aussi faibles que ce qu’elles étaient à la création de l’OMC. Mais le chantier reste vaste. Il est surtout protéiforme et aura besoin d’offres ciblées. C’est pour cette raison que nous saluons la naissance à Genève de l’Agence Africaine pour le Commerce et le Développement (2ACD).

La 2ACD n’est pas une Organisation de trop, tant ses domaines d’intervention sont pertinents et les potentiels destinataires en attente de suppléments d’arguments techniques opérationnels sont nombreux.  J’exhorte les parties prenantes africaines aux négociations commerciales à en faire leur outil et à se l’approprier comme il se doit. Cette Revue de 2ACD, GLOCAL, dont j’ai l’honneur et surtout le plaisir d’être le premier éditorialiste, se veut d’être un support technique qui donne la priorité aux réflexions sur les préoccupations africaines, quelques soient leurs origines.

Je souhaite longue vie à GLOCAL et faisons en notre instrument de partage d’informations et de connaissances sur les questions liées aux négociations commerciales.

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