NEGOCIATIONS COMMERCIALES MULTILATERALES (NCM)

L'AGENCE AFRICAINE POUR LE COMMERCE ET LE DEVELOPPEMENT - 2ACD

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Quelle Place pour l’Afrique Dans les Echanges Sud-Sud ? Par Aissatou Diallo

Bandung est la rencontre clé lorsque l’on tente une analyse des relations Sud-Sud. Cette conférence qui regroupa 29 pays dits en développement en avril 1955 suscitait beaucoup d’espoir pour les nations nouvellement indépendantes et celles en cours. Cependant les réalités économiques vont jouer en défaveur du mouvement des non-alignés quant aux aspirations qu’il avait suscité en la construction d’une relation Sud-Sud en réponse à « l’Impérialisme » occidental.

Même si les années 1960 avaient nourri beaucoup d’ambition pour les pays du Tiers-monde, grâce notamment aux fluctuations favorables des cours des matières premières, les années 1970-1980, avec leurs différentes crises (énergétiques, alimentaires et financières) vont avoir raison du mouvement, menant ainsi à sa dislocation.

Un groupe de pays d’Asie du Sud-Est, dès les années 1970 va connaître de fortes croissances grâce à la stratégie de « Vol d’oies sauvages » pratiquée par le Japon. Ayant bénéficié de l’aide des Etats-Unis au lendemain de la seconde guerre mondiale, le Japon en trois décennies va développer son industrie de sorte à pouvoir délocaliser une  partie de sa production électronique dans les pays voisins ayant les mêmes politiques anti- communistes.  C’est ainsi que vont émerger les 4 Dragons dans les années 1970 (Taïwan, Hong Kong, Corée du Sud et Singapour) suivi des Tigres dans les années 1980 (Malaisie, Indonésie, Thaïlande et les Philippines).

Durant la même période, les pays d’Afrique et d’Amérique latine vont subir les affres des politiques d’ajustement structurels sous l’impulsion des institutions financières internationales. En réponse aux crises des années 1970 qui vont influencer la crise de la dette de 1980, les institutions de Bretton Woods vont préconiser la mise en œuvre de politiques de désengagement de l’Etat, de régulation du marché et d’ouverture pour les pays en développement.

Quant à la Chine et l’Inde, elles  vont entamer des réformes économiques commencées au début des années 1980. Avec l’avènement de Deng Xiaoping au pouvoir suite au décès de Mao, la Chine va entrer dans un processus de rattrapage de ses voisins que sont les Dragons et Tigres d’Asie du Sud-est. L’Inde, de son côté, sera poussée à l’ouverture de son marché et à la libéralisation par les institutions financières internationales.

Par conséquent, toute tentative de nouer des relations économiques entre nations du Sud s’amenuise compte tenu des ambitions et difficultés de ses différents membres.

Cependant, depuis les années 2000, les relations Sud-Sud sont de nouveau d’actualité, mais avec quelques mutations. Même si les ambitions des nations en développement, au lendemain de la Conférence de Bandung, étaient de nouer des relations économiques entre elles, notamment dans le cadre du « Nouvel Ordre Economique Mondial », les difficultés que rencontrent ces pays faisaient de cette ambition une utopie. Aujourd’hui la donne a changé.

2. L’Inde et la Chine, (anciens acteurs clés de la coopération Sud-Sud rejoints par le Brésil)

Suite aux crises des années 1997-1998 ayant frappé de plein fouet les économies d’Asie du Sud-est, la Chine et l’Inde sont les nouvelles destinations prisées par les entreprises européennes et américaines.

La Chine, après la création des zones économiques et spéciales durant l’ère Deng Xiaoping a entamé une réforme des entreprises d’Etat dans les années 1990 donnant ainsi naissance à de grands groupes chinois à l’image de Petrochina cotées en bourse. L’assouplissement des règles relatives à l’investissement étranger et la qualité d’une main-d’œuvre à faible coût a permis de faire de l’Empire du Milieu un pays attractif pour les industriels. Son entrée à l’OMC le 31 décembre 2001, sera l’aboutissement de tous les efforts consentis depuis 1978.

L’Inde a misé sur l’éducation et la Diaspora. Depuis Nehru, l’éducation et la formation  ont été au cœur des politiques avec les Indian Institutes of Technology, suivis des Indian Institutes of Management. Ces politiques ont permis la création d’une élite compétente, notamment dans le secteur des technologies qui fait aujourd’hui de l’Inde une destination de choix pour les entreprises informatiques, dont Bangalore en est le cœur. Elle a aussi réussi à se rendre attractive auprès des Indiens de la Diaspora, dont certains, ayant travaillé dans les grands groupes retournent chez eux afin de créer des entreprises permettant ainsi des transferts de connaissance, mais aussi de technologie. En outre, contrairement à la Chine, l’Inde a su préserver ses entreprises fondées durant la période coloniale par de grandes familles indiennes à l’image de Tata, qui au fil des ans se sont développées et diversifiées au point de racheter des groupes européens et américains.

Quant au Brésil, après deux décennies de dictature (1964-1985) il sera frappé de plein fouet par plusieurs crises. Tombé sous le joug des politiques d’ajustement structurels (FMI et Banque mondiale), le pays va mettre en place plusieurs plans afin de juguler la crise. Depuis les années 2000, le Brésil est parvenu à redresser la barre au point d’entrer dans le club des pays émergents.  Puissance agricole, le pays a aussi réussi à faire  de ses entreprises des structures performantes, qui aujourd’hui évoluent aussi bien dans la sous-région qu’à l’étranger à l’image de Embraer, Vale, Petrobras et bien d’autres.

3. La politique et l’économie sont au cœur de ces relations Sud-Sud

Ces performances économiques ont permis à ces trois pays de s’affirmer sur la scène internationale. Sur le plan géopolitique, ils ont commencé à revendiquer une réforme des institutions internationales pour une meilleure redistribution des cartes à l’échelle mondiale.

Le G8 regroupe depuis 1998, avec l’adhésion de la Russie, les huit puissances économiques du monde. En 2007, le groupe comprenait environ 13% de la population mondiale et 58% du PIB mondial. ^

Depuis une dizaine d’années, les pays émergents revendiquent une plus grande visibilité et représentativité dans ce Forum. Une revendication qui semble légitime, puisque, en prenant comme critère de sélection, le taux de croissance des pays, les quatre pays émergents que sont la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud sont de loin devant les membres du G8.

La Chine est depuis le mois de Février 2011, date à revoir car plusieurs sources médiatiques l’annonçaient déjà en 2010 sinon source ?la seconde puissance mondiale après les Etats-Unis et devant le Japon. Cette légitimité prend de plus en plus forme puisque depuis quelques années ces pays sont invités à assister aux rencontres du G8. Cependant il semble fort probable que l’on se tourne vers une plus grande reconnaissance du G20, qui depuis la crise financière, a gagné en termes de crédibilité, puisque le groupe est dorénavant le forum économique chargé de la gestion des crises financières, ce depuis la dernière rencontre de Pittsburgh en Septembre 2009.

Mais encore, les revendications sont de même ordre au sein des Nations Unies, où les pays émergents (Brésil, Inde, Afrique du Sud mais aussi Japon et Allemagne) briguent un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Cependant cette quête sera un peu plus difficile compte tenu des réticences de la Chine dans les dossiers indiens et japonais.

Le 31 Décembre 2001 la Chine, le pays de Mao, seule survivante du communisme, devient membre de l’OMC, chantre du capitalisme. Et depuis, la Chine est sur toutes les scènes. Certes, les pays dits en développement avaient commencé à revendiquer un système commercial beaucoup plus égalitaire ainsi qu’une meilleure place dans les grandes instances internationales à l’image de Seattle 1999, mais la présence de ce nouveau géant qui rejoint les rangs est une aubaine supplémentaire, leur permettant ainsi un appui de poids dans leurs revendications. En formant le groupe des trois (Inde, Brésil, Chine) les tractations au sein de l’OMC relatives aux subventions agricoles, notamment dans le domaine du coton ainsi que les mesures de sauvegarde sécuritaire, aboutissent à un stand-by des négociations depuis juillet 2008. Et malgré le désir de parvenir à un accord, il reste un long chemin à parcourir.

4. L’Afrique devient une des pierres angulaires de cette relation Sud-Sud

Depuis 2000, non seulement ces pays échangent avec les pays développés, mais ces derniers entretiennent des relations étroites avec les pays du Sud, notamment l’Afrique, donnant ainsi une impulsion aux échanges Sud-Sud. Aujourd’hui l’Afrique commerce avec la Chine, l’Inde, le Brésil et d’autres pays émergents mais reçoit aussi des investissements et de l’aide de la part de ces derniers.

La Chine a mis en place depuis 2000 le FOCAC (Forum on China-Africa Cooperation) rencontre triennale, et a vu ses échanges commerciaux passer de 55.5 milliards de dollars en 2006 à plus de 100 milliards en 2009. L’Inde a organisé son premier sommet Inde-Afrique à New Delhi en Avril 2008, avec un commerce qui est passé de 7.3 milliards de dollars en 2000 à 31 milliards en 2008. Tandis que le Brésil,  suit de près.

5. Regard sur la Chine-Afrique

L’avènement de Mao à la tête de la République populaire de Chine ainsi que sa victoire contre « l’impérialisme » occidental, au lendemain de la Seconde guerre mondiale qui a montré les faiblesses des empires coloniales fait apparaître l’Empire du Milieu comme un exemple à suivre pour les pays africains. En effet, le système économique issu de la colonisation lègue au continent africain des économies de substitutions basées sur l’exportation de matières premières et l’importation de produits finis, minant ainsi toute tentative de développement industriel. Les espoirs qu’avaient suscités l’implication des Etats-Unis et de l’URSS dans les luttes anticoloniales, notamment devant la Société des Nations, puis les Nations Unies se muent en déceptions, les deux géants étant impliqués dans une lutte idéologique, notamment en Asie. Dans ce contexte, la Chine apparaît dès lors comme une alternative de poids.

L’isolement de la Chine et les ambitions de l’Afrique en quête d’une troisième voie, permettent une coopération entre les deux parties, à travers l’envoi de médecins Chinois, d’ingénieurs agronomes et d’ingénieurs BTP pour la construction de grandes infrastructures (palais présidentiels, stades) dont l’exemple le plus visible est le chemin de fer qui relie la Tanzanie et la Zambie. Plusieurs chefs d’Etats africains rendent visite à Mao, cet échange se concrétisera par la tournée en Afrique de Zhou Enlai en 1963-1964. En 1971, la Chine récupérait  sa chaise de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. D’aucuns disent que l’intérêt de la Chine avait un lien avec son désir d’avoir des alliés au sein des Nations Unies dont les membres africains représentaient le groupe le plus important.

Mais l’avènement de Deng Xiaoping au pouvoir en 1978 et la redirection de la stratégie économique de la Chine, qui dorénavant aspire au développement au même titre que ses voisins, pays nouvellement industrialisés, gèle les relations de coopération entre la Chine et l’Afrique. Dorénavant, la Chine veut attirer l’investissement (grâce aux Zones Economiques Spéciales – ZES), développer son industrie (à travers les réformes des entreprises d’Etat) et devenir une puissance commerciale. A la même période, l’Afrique subit les affres des politiques d’ajustement structurels imposées par les institutions financières internationales et des politiques commerciales dictées par le GATT qui deviendra l’OMC en 1995.

L’OMC, dès sa création devient une institution qui peu à peu traite de toutes les questions économiques, voire même des domaines qui, de prime abord, ne lui étaient pas dévolus tel que l’environnement. Elle devient ainsi inconditionnelle pour tout pays voulant s’insérer sur la scène internationale. C’est ainsi que le 31 décembre 2001, la Chine fait son entrée à l’OMC. Même si les années 1990 sont une décennie perdue pour plusieurs pays en développement, certains pays mettent en place des politiques économiques performantes qui leur permettent de sortir de l’ornière. Dans un monde où le développement économique se mesure par des chiffres publiés par les institutions internationales, ces pays que sont le Brésil, l’Inde et la Chine surprennent de par leurs taux de croissance qui graduellement dépassent ceux des nations développées et leurs échanges commerciaux prennent des proportions de plus en plus importantes. Cependant, la grande surprise provient de la Chine, qui au-delà de ses fondements communistes nourrit des aspirations capitalistes. L’émergence de la Chine va contribuer à une refonte géopolitique et redistribuer les cartes du pouvoir:

En termes d’échanges commerciaux, l’avènement de la Chine a permis la croissance des échanges Sud-Sud qui sont passés à 2000 milliards de dollars en 2006, selon la CNUCED. Les principaux bénéficiaires de ces échanges sont les pays africains, dont la Chine est le troisième partenaire commercial après l’Europe et les Etats-Unis et les pays émergents d’Amérique latine, le Brésil en tête.

La Chine en Afrique. Depuis 2000 la Chine a entamé son retour sur le continent africain.

Qu’est-ce qui a changé ? La Chine avait entretenu des relations de coopération, d’aide avec les pays africains dans un contexte de postindépendance. La Chine contemporaine a réussi à implanter une économie et se retrouve avec une forte demande énergétique afin de nourrir son économie ascendante, un marché où écouler ses produits issus de son industrialisation et des alliés pour la soutenir sur la scène internationale.

Par Aïssatou Diallo
Chargée du Programme « Mondialisation. Nouveaux acteurs émergents. Echanges Sud-Sud » Enda Syspro.

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