NEGOCIATIONS COMMERCIALES MULTILATERALES (NCM)

L'AGENCE AFRICAINE POUR LE COMMERCE ET LE DEVELOPPEMENT - 2ACD

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Renforcement de l’Intégration Régionale pour une Relance des Economies Africaines. Par Dr Robert Nkendah

Dr. Robert Nkendah  Enseignant – Chercheur  Université de Douala (FSEGA)  Douala – Bassa, CamerounL’intégration et la coopération régionale sont reconnues par les décideurs africains comme des facteurs importants pour accélérer et renforcer le développement économique et social. Dans son livre Africa Must Unite, le nationaliste africain Kwame Nkrumah préconisait déjà l’unité, la coopération et l’intégration de l’Afrique comme condition indispensable au développement du continent. Aujourd’hui, avec les défis de la mondialisation et de l’interdépendance qui s’imposent aux économies, avec le risque d’une marginalisation du continent africain, cet objectif d’intégration est redevenu plus que prioritaire.

L’Organisation de l’Unité africaine (OUA) a été établie en 1963 pour intégrer économiquement les pays d’Afrique, régler les conflits dans les pays africains et entre ces pays, promouvoir le développement et améliorer le niveau de vie des populations (Olubomehin et Kawonishe, 2004). Plusieurs groupements sous-régionaux africains ont été formés par la suite. En juin 1991, le Traité d’Abuja, qui prévoyait la création d’une communauté économique africaine à l’échelle du continent d’ici à 2027, a été signé. Par ailleurs, on a remarqué au cours de ces dernières décennies, une augmentation significative des efforts dans les pays en développement pour réaliser l’intégration économique régionale. Dans de nombreuses régions du monde en développement, les accords régionaux existants ont été revitalisés ou élargies et de nouveaux groupements ont été constitués. La Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) est un exemple d’un groupement revitalisé. Ailleurs dans le monde, l’Association des Nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) a maintenant un programme concerté de libéralisation du commerce, la Communauté de développement de l’Afrique Australe (SADC) a formulé une nouvelle stratégie pour l’intégration des marchés, etc. Ces initiatives ont coïncidé avec des accords de partenariats économiques (APE) qui mettent l’accent eux aussi sur l’intégration régionale.

Comment expliquer sur le plan théorique cet engouement au régionalisme ou aux regroupements régionaux ? Si sur le plan théorique le régionalisme procure des gains aux pays membres, est ce que la pratique des initiatives en matière d’intégration régionale déjà prises en Afrique a toujours donné les résultats escomptés dans le domaine du commerce intrarégional des marchandises ? Sinon quels en sont les facteurs explicatifs et comment les lever pour une relance des économies africaines ?

Pour répondre à ces différentes questions, nous nous servons des statistiques et rapports de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) (2009, 2008, 2007).  Bien que l’article est axé plus sur les flux économiques que sur les aspects institutionnels de l’intégration intra-africaine, la recommandation d’une prise en compte des questions nouvelles comme le commerce des services, l’investissement et les migrations dans le cadre des arrangements régionaux d’intégration, qui ne sont couvertes que partiellement dans les études existantes sont les domaines à explorer pour une redynamisation des processus d’intégration en Afrique. La première partie donne une vue d’ensemble de la théorie économique et de l’histoire de l’intégration régionale alors que la deuxième partie fait en quelque sorte le bilan de la pratique des initiatives d’intégration régionale en Afrique en termes de flux commerciaux intra-africains. Les recommandations sont ensuite formulées pour une relance des économies africaines dans le sens du renforcement de l’intégration régionale capable d’accélérer le développement économique et social.

I. L’INTÉGRATION RÉGIONALE EN AFRIQUE: THEORIE ET HISTOIRE

La formation des blocs régionaux en Afrique répond à un fondement économique théorique dont il faut comprendre les bases et les gains commerciaux qu’on peut en tirer. Cette justification théorique explique une histoire plutôt riche, sur le plan institutionnel,  de la création de plusieurs communautés économiques régionales (CER) en Afrique depuis les années 1960.

  1. Justification théorique de l’intégration régionale

Les deux principales considérations théoriques justifiant la formation de blocs commerciaux sont l’effet d’allocation et l’effet d’accumulation (ou de croissance) résultant du libre-échange à l’intérieur d’un groupement régional (Baldwin, 1997). En ce qui concerne l’effet d’allocation, la théorie économique montre que, dans une économie compétitive, la demande pour un produit canalise les ressources productives vers la production de ce produit. La demande est donc un important signal entre consommateurs et producteurs. Comme l’imposition d’obstacles tarifaires et non tarifaires entre les pays brouille ce signal, l’élimination de ces obstacles au commerce dans le contexte de l’intégration régionale contribue, en principe, à une allocation des ressources plus efficiente.

Les «effets d’échelle et de variété» sont un corollaire de l’effet d’allocation (Baldwin, 1997). S’agissant de l’effet d’échelle, la protection d’industries inefficientes en Afrique et dans d’autres pays en développement à l’époque des politiques de remplacement des importations a maintenu en place de trop nombreuses entreprises inefficientes, qui pour beaucoup opéraient à une échelle insuffisante. L’ouverture des marchés dans le cadre d’une politique de libéralisation du commerce globalement ou au sein d’un groupement commercial régional réduit cette protection et peut aider à rationaliser des industries entières à travers une réallocation des ressources. Par ailleurs, en créant de vastes marchés l’intégration régionale pouvait permettre à des petites entreprises d’atteindre leur taille optimale, d’où une baisse des coûts moyens mais aussi des prix pour les consommateurs.

En ce qui concerne l’effet de variété, l’idée est simplement qu’en intégrant l’économie d’un pays dans un plus vaste marché on offre aux consommateurs un choix de produits varié, qui devrait contribuer à leur bien-être. La concurrence accrue pour une large gamme de produits peut aussi faire baisser les prix à la consommation. Pour l’entreprise, la possibilité d’un plus grand choix de facteurs de production l’aidera à utiliser les intrants mieux appropriés, ce qui peut accroître sa productivité.

Le deuxième effet majeur du régionalisme, l’effet d’accumulation, s’observe dans les circuits de l’investissement et du commerce. Quand des marchés régionaux se développent grâce à l’intégration économique, davantage de fournisseurs sont attirés vers le marché régional, et les entreprises peuvent se spécialiser. Ce processus réduit les coûts de production moyens à l’intérieur du groupement commercial, et accroît ainsi le rendement des facteurs de production et par conséquent l’accumulation des facteurs matériels et non matériels (y compris le savoir-faire). Il est désormais largement admis que l’un des effets de la mondialisation a été d’accroître la mobilité des ressources humaines et financières, qui se dirigent plutôt vers les pays où la rentabilité est la plus forte. En outre, l’intégration régionale a des retombées technologiques conduisant à des gains de productivité et à une réduction des coûts de production, ce qui attire d’autres investissements et favorise par conséquent l’accumulation des facteurs. Vu les effets cumulés de l’intégration économique régionale en termes d’efficience et d’accumulation, il est clair qu’elle peut contribuer à la croissance économique. Sachant qu’une efficience accrue et une accumulation plus rapide sont les ingrédients d’un système compétitif, l’intégration régionale peut donc être un tremplin permettant à l’Afrique de s’intégrer à l’économie mondiale grâce aux gains théoriques qu’elle peut procurer au continent. 

  1. Les gains théoriques en termes de commerce procurés par les ACR (accords commerciaux régionaux)

On a vu ci-dessus que la théorie du régionalisme s’est articulée autour de considérations d’ordre essentiellement commercial. Les concepts utilisés pour analyser les effets économiques de l’intégration économique, tels que l’expansion ou le détournement des échanges, sont eux mêmes centrés sur le commerce. Le commerce occupe donc une place spéciale dans le discours sur l’intégration économique.

Les concepts fondamentaux utilisés pour évaluer les gains en termes de commerce procurés par le régionalisme ont été étudiés dans le contexte de la théorie des unions douanières. Viner (1950) a établi les fondements de cette théorie en montrant que le régionalisme pouvait conduire à «l’expansion des échanges» et au «détournement des échanges». Quant un groupement commercial est créé, l’élimination des obstacles au commerce crée un vaste marché où le pays qui produit à bas coûts des biens de consommation accroît sa part de marché en capturant le marché intégré du produit fabriqué à bas coûts. Cela permet au producteur à bas coûts d’abaisser encore ses coûts de production grâce aux économies d’échelle, au plus grand nombre de fournisseurs disponibles et aux effets de spécialisation (Corden, 1972). Le mouvement de la demande du pays à coûts élevés vers le pays à bas coûts crée, pour ce dernier, de nouvelles opportunités commerciales d’où «l’expansion des échanges».

Il y a détournement des échanges quand la production d’un pays partenaire remplace des importations à bas coûts provenant de l’extérieur de la zone couverte par l’ACR grâce au niveau de protection important conféré aux producteurs au sein de l’accord en question. Le niveau de protection contre la concurrence extérieure ainsi établi est bien entendu un déterminant essentiel de la dispersion des courants commerciaux.

Si le tarif extérieur commun est fixé de telle sorte qu’une source intérieure plus coûteuse qui fournit un facteur de production ou un bien de consommation remplace la source moins coûteuse située hors de la zone couverte par l’ACR, les consommateurs sont pénalisés puisqu’ils paient des prix plus élevés après l’intégration. C’est ce que l’on entend par «détournement des échanges».

L’effet global du régionalisme sur le commerce en Afrique peut être positif ou négatif, selon celui des deux effets qui prévaut. Le gain net pour les pays concernés est positif quand l’effet de l’expansion des échanges est plus important que l’effet de détournement des échanges. Pour qu’un processus d’intégration soit réussi, il faut donc qu’il induise la création de courants commerciaux sans imposer de tarif extérieur commun excessif. En effet, si ce tarif est trop élevé il protégera de la concurrence les entreprises inefficientes, situation qui pénalisera les consommateurs dans la zone. Mais la question qui consiste à savoir si le régionalisme en Afrique a conduit à la création nette de courants commerciaux ne peut pas être tenue pour acquise en débit d’une histoire de plus de 200 initiatives intergouvernementales de coopération économique en Afrique.

 

  1. Histoire de l’intégration régionale en Afrique 

Dès le début du processus de décolonisation dans les années 60, l’établissement de communautés économiques sous-régionales a été un volet important de la stratégie de développement de l’Afrique où presque la totalité des pays du continent ont souscrit à l’idée de l’intégration régionale. Trois grandes périodes marquent l’histoire de l’intégration régionale en Afrique :

  • La période 1960 à 1980 qui se ferme sur l’adoption du plan d’action de Lagos qui proposait une stratégie pour engager l’Afrique sur la voie du développement durable qui allait à contre-courant des politiques suivies depuis les années 60.

  • La période de 1980 à 1991 se fermant sur la signature, à Abuja le 3 juin 1991, du traité établissant la Communauté économique africaine (CEA) d’ici à 2027. Ce traité prévoit une monnaie commune, une mobilité intégrale des facteurs de production et la libre circulation des biens et des services entre les pays africains.

  • La période 1991 à nos jours qui a vu l’accélération des discussions sur l’intégration régionale avec l’établissement de l’Union africaine (UA) en 2001 et le lancement du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).

Bref, l’histoire de l’intégration régionale en Afrique est caractérisée par l’existence d’une multitude d’initiatives d’intégration régionale et, par conséquent, par la participation des pays africains à divers accords commerciaux régionaux (ACR), de nombreux pays appartenant à de multiples entités. Sur les 53 pays africains, 27 sont membres de deux groupements régionaux, 18 appartiennent à trois groupements et 1 pays est membre de quatre groupements. Sept pays seulement ne sont membres que d’un seul groupement (CNUCED, 2009). Cette profusion d’arrangements et d’institutions et ces appartenances multiples à l’intérieur d’une même région brouillent quelque peu les objectifs d’intégration et induisent une concurrence contre-productive entre pays et entités (CEA, 2008). Tout cela peut peser négativement sur le bilan de l’intégration régionale en Afrique.
 

II. BILAN ET PERSPECTIVES DE L’INTEGRATION REGIONALE POUR UNE RELANCE DES ECONONOMIES AFRICAINES 

Nous présentons d’abord un bilan succinct avant de voir les perspectives de relance de l’intégration régionale africaine.

1. Bilan de l’intégration régionale en Afrique

Les résultats de l’intégration régionale en Afrique restent mitigés lorsqu’on considère les flux commerciaux intra-africains. La part du commerce intrarégional dans le commerce total reste très inférieure, dans le cadre des arrangements d’intégration régionale en Afrique, à ce qu’elle est en Asie et en Amérique latine (tableau 1). Certains groupements régionaux en Afrique ne sont pas parvenus à dynamiser les exportations des zones concernées. Ainsi, dans la CEMAC, la part du commerce intrarégional est plus basse aujourd’hui que dans tous les autres mécanismes d’intégration régionale en Afrique (moins de 2 %). L’intégration régionale ne profite pas non plus de manière égale à tous les membres des groupements. Dans la région de la CEDEAO, par exemple, trois pays (Nigéria, Côte d’Ivoire et Sénégal) représentent à eux seuls près de 90 % des exportations intrarégionales et près de 50 % des importations intrarégionales. La libéralisation des échanges commerciaux dans les régions de l’Afrique couvertes par des arrangements d’intégration régionale a été modeste elle aussi en général.

Dans la majorité des communautés économiques régionales, plus de 80 % des exportations restent destinées à des marchés en dehors de l’Afrique (tableau 2), l’Union européenne et les États-Unis représentant plus de 50 % de ce total. Et les pays africains commercent davantage avec l’UE qu’avec d’autres pays d’Afrique, malgré la proximité géographique de ces derniers (CEA, 2008).

Tableau 1 : Importations et exportations intrarégionales par rapport au commerce total, moyennes 2004-2006 (en pourcentage)

Régions en développement

Importations

Exportations

Afrique

9,6

8,7

Pays en développement d’Amérique

20,9

18,5

Pays en développement d’Asie

48,1

45,5

Pays développés d’Amérique

23,3

39,8

Pays développés d’Europe

68,1

71,4

Source : CNUCED, 2008.

Bien que la part du commerce intrarégional en Afrique reste faible en comparaison, elle a progressé considérablement au fil des années mais en partant il est vrai d’un niveau particulièrement bas. L’évolution de la part de ces échanges est passée par différentes phases. Après avoir été stable initialement jusqu’au début des années 70, elle a plongé durant cette décennie-là jusqu’à un plus bas niveau en 1978, où les exportations intra-africaines ne représentaient plus que 2,9 % du total des exportations de l’Afrique. À partir de là, la proportion s’est lentement redressée jusqu’au milieu des années 80, puis elle a fortement augmenté durant la seconde moitié des années 80 et la première moitié des années 90 (CNUCED, 2009).

Tableau 2 : Les destinations des exportations de quelques pays africains, 2004 – 2006, (pourcentage)

NB. Les pays sont classés, en ordre décroissant, selon le pourcentage de leurs exportations allant à d’autres pays africains.

Pays

Vers les pays développés d’Europe

Vers les Etats Unis

Vers l’Asie de l’Est, du Sud et du Sud Est

Vers l’Asie occidentale

Vers l’Afrique

Vers les principaux groupementsrégionaux

Principaux groupements régionaux

Kenya

26,98

5,66

10,36

3,08

47,36

32,92

COMESA

Sénégal

26,34

0,60

12,46

0,80

44,99

37,32

CEDEAO

Ouganda

38,72

1,89

6,64

12,81

34,00

29,22

COMESA

B. Faso

11,21

0,28

48,73

0,70

33,20

31,37

CEDEAO

Rwanda

50,21

2,23

12,41

0,64

31,33

29,63

COMESA

Côte d’I.

48,48

11,07

4,99

0,76

28,95

23,62

CEDEAO

Ghana

40,79

18,66

7,05

1,95

26,80

9,90

CEDEAO

Cameroun

66,50

5,66

6,57

1,10

12,26

5,71

CEEAC

Nigéria

23,37

47,79

6,91

0,52

8,78

5,26

CEDEAO

Gabon

16,62

59,48

14,35

0,20

5,11

1,35

CEEAC

Algérie

54,44

24,89

2,73

3,94

2,18

1,01

UMA

Tchad

9,68

73,14

16,69

0,01

0,20

0,01

CEEAC

Source : CNUCED, 2008.

De façon générale, la pratique du régionalisme en Afrique n’a pas toujours donné les avantages théoriques escomptés comme en témoigne la faiblesse du commerce intra-africain.  L’analyse des motifs de la faiblesse du commerce intra-africain par rapport à ce qu’il pourrait être fait apparaître la présence de coûts de transport excessifs dus à la médiocrité des infrastructures (transport, communication, etc), particulièrement pour les pays sans littoral, qui souffrent des déficiences à la fois de leur propre infrastructure et de celle de leurs voisins. Des formalités frontalières inutiles et nombreuses, l’instabilité politique et le caractère imprévisible et incertain des politiques commerciales nuisent aussi au commerce intra-africain en augmentant les coûts commerciaux, malgré les progrès remarquables enregistrés récemment dans ces domaines.

2. Perspectives d’avenir de l’intégration régionale pour une relance des économies africaines

Dans l’avenir prévisible, l’évolution des économies africaines dépendra d’un certain nombre de processus aussi bien internes qu’externes. Sur le plan interne, il s’agira de renforcer et d’approfondir l’intégration régionale en allant au-delà des échanges commerciaux de marchandises, en prenant en compte des questions nouvelles comme le commerce des services, l’investissement et les migrations dans le cadre des arrangements régionaux d’intégration ; sur le plan externe, il s’agira de prendre en compte les phénomènes qui déterminent l’intégration de l’Afrique dans le commerce mondial.

 

  1. Approfondissement de l’intégration régionale

Le projet politique de créer un marché commun africain d’ici à 2027 est toujours à l’ordre du jour mais pour y parvenir il faudrait très probablement commencer par rationaliser les systèmes existants (CEA, 2006). Un certain nombre de signes encourageants donnent à penser que la volonté politique d’accentuer l’intégration est actuellement très forte. Ainsi, la communauté d’Afrique de l’Est s’est élargie récemment avec l’adhésion du Burundi et du Rwanda. Cet élargissement présente des avantages évidents pour ces deux États enclavés dont l’économie est fortement tributaire des pays maritimes de la Communauté (Kenya et République-Unie de Tanzanie). Les deux États ont  tout à gagner à cette adhésion si la libéralisation au sein de la Communauté n’est pas compromise par des considérations politiques, comme il est arrivé précédemment.

L’approfondissement de l’intégration régionale devrait prendre en compte certaines questions nouvelles comme les services, l’investissement et la mobilité/migration de la main d’œuvre. Elles sont considérées comme nouveaux, parce que, contrairement à d’autres secteurs de l’intégration régionale tels que les marchandises, ils sont encore au premier stade de leur développement. La relance des économies africaines dépendra de l’importance de la contribution de ces domaines de coopération pour le succès de l’intégration régionale en Afrique. L’investissement étranger direct (IED) intra-africain est estimé à 13 % de l’investissement étranger total en Afrique. Cette proportion est petite, surtout par rapport à d’autres régions en développement comme l’Asie du Sud-Est, où l’investissement intrarégional représente 30 % du total. Étant donné le besoin général d’investissements plus étoffés en Afrique, l’investissement intra-africain devrait jouer un rôle plus actif. La présence d’un secteur financier solide serait une condition préalable au développement des courants d’investissement à l’intérieur de l’Afrique.

 

  1. Processus qui déterminent l’intégration de l’Afrique dans le commerce mondial

Sur le plan international, plusieurs phénomènes vont certainement être déterminants pour l’avenir du commerce intra-africain et l’intégration du continent dans le commerce mondial. Le plus notable aujourd’hui est la négociation d’accords de partenariat économique entre l’Afrique et l’Union européenne. Sont à mentionner aussi: le Cycle de négociations de Doha à l’OMC, la loi américaine sur la croissance et les potentialités de l’Afrique, les accords-cadres sur le commerce et l’investissement et l’apparition récente de la Chine comme protagoniste majeur du commerce mondial.

Conclusion générale et recommandations

 

La théorie de l’intégration régionale montre les gains importants que les pays peuvent avoir en se regroupant. Mais la mise en œuvre de cette théorie nécessite une démarche pour pouvoir concrétiser ces gains potentiels. C’est pourquoi le bilan des accords d’intégration régionale dans les domaines du commerce, des investissements et de la migration reste mitigé. L’enjeu consiste maintenant à déterminer la façon de maximiser les effets positifs de l’intégration régionale sur le développement de l’Afrique. L’intégration régionale n’est pas une fin en soi; elle devrait plutôt être considérée comme un premier pas vers la création d’un climat propice aux investissements et à la compétitivité à l’exportation. L’intégration régionale africaine évoluera en fonction de l’issue des négociations de Doha, qui visent à établir un nouveau cadre pour le système commercial mondial. L’intégration régionale sera aussi affectée par la restructuration des relations entre le Groupe ACP et l’Union européenne prévue dans les négociations sur les APE, ainsi que par l’établissement de nouvelles relations économiques bilatérales, en particulier avec les nouveaux pays en développement émergents. Les pays africains doivent adopter une nouvelle approche du régionalisme mieux adaptée à toutes ces réalités en :

1. Adaptant une stratégie de coopération régionale axée sur le développement des infrastructures ;

2. Créant des projets régionaux d’IED ;

3. Renforçant les mesures réglementaires pour promouvoir les IED entre pays africains ;

4. Etablissant un secteur financier fort en Afrique ;

5. S’attaquant au problème des obstacles au commerce des services ;

6. Veillant à ce que les mouvements migratoires soient avantageux pour tous les pays d’Afrique ;

7. Se préparant à négocier à différents niveaux.

Références bibliographiques

 

  • Baldwin R. E. (1997). Review of theoretical developments on regional integration, dans

  • CEA (2006). État de l’intégration régionale en Afrique II: Rationalisation des communautés économiques régionales. Addis-Abeba: CEA.

  • CNUCED (2009). Renforcer l’intégration économique régionale pour le développement de l’Afrique. Rapport sur le développement économique en Afrique 2009. Genène.

  • Corden M. (1972). Economies of scale and customs union theory. Journal of Political Economy. 80 (3): 465-475.

  • Olubomehin D. et Kawonishe D. (2004). The African Union and the challenges of regional integration in Africa. Document présenté à la conférence annuelle de la African Studies Association of Australia and the Pacific (AFSAAP). 26-28 novembre. University of Western Australia.

  • Viner J. (1950). The Customs Union Issue. Washington, DC, Carnegie Endowment for International Peace.

 


 

Dr. Robert Nkendah

Enseignant – Chercheur

Université de Douala (FSEGA)

Douala – Bassa, Cameroun

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